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COLD WAR de Pawel Pawlikowski

« COLD WAR » de Pawel Pawlikowski

Ce film du réalisateur Polonais Pawel Pawlikowsky reçu le prix de la mise en scène au festival de Cannes 2018. Il réalisa le film Ida en 2014. Film tourné en noir et blanc, il pourrait évoquer le film Le « Ruban blanc » de Michael Haneke, film de caractère et d’époque en noir et blanc. Dans ce film, l’époque est celle de la glaciation stalinienne des pays de derrière le rideau de fer pendant la guerre froide (titre du film). Histoire d’un amour impossible qui s’étend sur une vingtaine d’années entre un pianiste compositeur, directeur d’une chorale folklorique qui décide de passer à l’Ouest et de vivre à Paris de sa musique dans une boîte de jazz et une danseuse, chanteuse de ce groupe qui ne peut franchir le pas et décide de rester en Pologne. Ils s’aiment, cela paraît évident mais ne peuvent vivre ensemble. L’histoire de leur couple sera une suite de séparations et de retrouvailles jusqu’à leur décision ultime seule façon de se retrouver à jamais. Ce film est très bien réalisé. Le cinéaste l’a dédié à ses parents morts peu avant la chute du Mur, ils n’eurent de cesse de se séparer et de se retrouver. Comme le dit le réalisateur leur couple fut une vraie catastrophe ! C’est très bien retranscrit sur la pellicule.

Il me semble que cet amour ne pouvait qu’être difficile à vivre, du fait de l’attente différente de chacun des protagonistes. Elle, est sur une demande plus érotisée avec un désir érotique plus pressant et des besoins à combler. Lui, paraît plus dans le sentiment amoureux, l’affect et l’investissement artistique où la création et la pratique musicale jouent un rôle majeur. Ils ne jouent pas au même tempo…

Probablement est-ce ma vision un peu déformée par mes propres passions musicales mais je peux y voir la métaphore transposée du mythe de Tristan et Isolde, lui même amour impossible pour de nombreuses raisons et qui ne peut trouver sa résolution que dans la mort, seule possibilité de se retrouver et de fusionner.

Ce film pourrait paraître un peu long pour ceux qui sont allergiques au folklore, danses et chants et à cette période de l’histoire, propos politiques célébrant la grandeur du petit père du peuple et son portrait. La différence entre les deux mondes est bien rendue par la musique, folklore à la gloire du peuple à l’est, jazz et musique afro-américaine à l’ouest…Michel Febvre


Girl - Le film.

« Girl » de Lukas Dhont Caméra d’or au Festival de Cannes 2018

Un film « Girl »…Beau film dérangeant à plus d’un titre, il nous interroge sur le sexe et le problème du genre. Le réalisateur belge flamand Lukas Dhont se serait inspiré d’une histoire réelle parue dans la presse. Lara est né garçon, il a seize ans, son rêve est de devenir ballerine, danseuse étoile. Il va se jeter à corps perdu dans la pratique de son art et dans ce parcours du combattant qui devrait le (la) conduire à son terme ultime, la réassignation. Evoluant dans cette école de danse comme fille, au milieu des élèves danseuses (la classe prépare aussi des futurs danseurs), il s’y trouve mal à l’aise avec ce corps dont les changements sont trop lents à son goût malgré les traitements hormonaux et la préparation à la chirurgie de réassignation. Pressé de se dénuder devant ses camarades curieuses mais pas particulièrement agressives il (elle) aura honte, se réfugiant dans le désespoir et la dépression. Son entourage familial et thérapeutique est quant à lui des plus favorable et bienveillant. Il n’y a pas de présence maternelle, ce choix est voulu par le réalisateur. Le père chauffeur de taxi s’occupe de ses deux enfants, Lara et son petit frère de six ans. Il s’est totalement investi dans l’accompagnement de Lara, dans ses projets artistiques et de vie, ce qui n’évitera pas pour Lara une violence auto-agressive.

Ce film m’inspire quelques réflexions :
Sur l’empathie omniprésente, qu’elle soit familiale et le rapport père-« fille » nous paraît par trop exemplaire, ou qu’elle soit dans le milieu de suivi thérapeutique. Heureux flamand ! Je ne suis pas certain qu’on retrouve cette atmosphère aussi chaleureuse dans notre vieux pays, mais j’espère sincèrement me tromper.

Est-il raisonnable de proposer une telle démarche thérapeutique à cet âge ? Nous en sommes encore loin chez nous et c’est heureux !
Sur le milieu artistique de la danse qui ne semble être que souffrances, tortures du corps, mais aussi école de rigueur et de dépassement de soi. J’ai vu sur scène de très grands danseurs : Sylvie Guillem, Patrick Dupond, Kader Belarbi…ils semblaient pourtant exprimer le bonheur, la grâce, la légèreté quand ils dansaient. Peut être parce qu’ils avaient pu se réaliser et accomplir leur rêve.

Sur le pouvoir d’émotion de la musique. De la bande sonore, je n’ai retenu que l’aria « Laschia ch’io pianga » extrait de l’opéra Rinaldo de Haendel à la fin du film. Quand on sait que cet opéra a été composé pour voix de castrat…

Il semble toujours bien difficile de se dire et d’assumer ce que l’on n’est pas par nature…

Michel Febvre


Elle - Le film.

« Elle » de Paul Verhoeven

Pour ce très grand film du réalisateur batave Paul Verhoeven « Elle », adaptation du livre de Philippe Djian « Oh … ».Le film commence par le viol de Michelle personnage central. Ce chef d’entreprise d’une société de jeux vidéo a une histoire très compliquée, un passé très lourd. Son père a été l’auteur du meurtre de nombreuses personnes dans le quartier où il résidait. Rentré chez lui tranquillement, il commençait à incendier son appartement avec la complicité de sa fille quand la police est arrivée. Condamné à la réclusion à perpétuité, Michelle refuse de le revoir. Elle est toujours considérée comme la fille du monstre. Elle s’est mariée (un mari qui la battait). Elle a un fils très immature et s’occupe de loin de sa mère, personnage très fantasque qui veut continuer à assumer une sexualité très libérée et qui souhaite se remarier avec un homme beaucoup plus jeune. Elle vit dans un grand appartement avec son chat et a comme voisin un couple, lui est trader, elle, s’occupe de religion avec bénédicité avant le repas et messe de minuit télévisée à regarder pendant réunion de soir de Noël. En bref tout ce milieu paraît très pathologique et pathogène.

La première scène du viol est suggérée, rien n’est montré sauf le chat un témoin bien tranquille et Michelle qui apparemment très calme ramasse des débris de verre, commande par téléphone des sushis et fait un tour par la salle de bain après avoir jeté ses vêtements. Elle n’en parlera à personne dans un premier temps, pas de plainte à la police, seulement une consultation médicale et des bilans biologiques. Par la suite elle revivra cette scène et nous la fera partager dans des flash-back où toute la violence cachée du début pourra se libérer. La suite du film se déroule comme une intrigue policière jusqu’à la fin et la vengeance de Michelle.

Je pense que c’est avant tout un film sur la perversion. Mais qui est le plus pervers, son violeur ou Michelle plus dans la perversion morale avec une froideur, une désaffection impressionnante pour elle même et ses proches (père, mère, amie, collègues de travail).

Très intéressant pour nous sexologues. On retrouve le clivage qui suit un viol expliquant ces comportements à priori peu logiques ou déroutants qui ne sont que tentatives de mises à distance, de protection du moi pour éviter un éclatement psychique. On retrouve les mécanismes de fonctionnement des pervers sexuels, leurs rites et stéréotypes seules sources possibles pour eux d’excitation et de jouissance… Tentatives d’explications du personnage de Michelle par son histoire infantile (relation au père avec peut être climat incestuel) et de l’environnement du pervers (dans sa relation conjugale).

Un film dur, violent avec comme nous l’avons écrit violences physique et psychique, magistralement interprété par Isabelle Huppert qui semblait bien être la seule à pouvoir assumer ce rôle. Une habituée… souvenons de la Pianiste de Haneke en 2001 qui lui valu le prix d’interprétation féminine à Cannes .Elle est très bien entourée par Laurent Lafitte comédien de la troupe du théâtre Français, Charles Berling, Virginie Efira, Anne Consigny pour les principaux rôles.

L’occasion pour rappeler les travaux du psychiatre Alberto Eiguer sur la perversion et ses ouvrages de référence : « Petit traité des perversions morales », « Le pervers narcissique et son complice », » Jamais moi sans toi… », « Le cynisme pervers »

L’occasion de lire ou relire le livre de Philippe Djian à l’origine du scénario.
Michel Febvre

Livres

L'Homme Coquillage.L’été arrive, et avec lui le plaisir retrouvé de se plonger dans les livres demeurés sur notre table de nuit, faute de temps. Ouverture magistrale à l’imaginaire, la lecture nous conduit sur des sentiers inexplorés, à la rencontre de nous-mêmes. Un jeu de cache-cache avec Eros…

Une jeune physicienne turque participe à un séminaire de recherche international sur une île des Caraïbes. Très vite, elle prend ses distances par rapport à ses ennuyeux collègues. Sa rencontre avec un homme insulaire, laid et pauvre mais à la sensibilité et à l’intelligence hors norme la bouleverse. Cela la conduit dans les recoins de cette île de contrastes, et dans les tréfonds de son existence aux angles douloureux. Ici, le désir est force, sensualité et souffrance et il emmène le lecteur dans une lecture irrépressible dont il ne peut ressortir que profondément chamboulé. A lire très vite, pour se convaincre grâce à la fulgurance de cette écriture, s’il était encore nécessaire, que le désir a pour foyer l’imaginaire. Agnès Camincher

 

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